NEXT STOP BORDERLAND – PROCHAIN ARRET : LE PAYS DE LA LIMITE


NEXT STOP BORDERLAND – PROCHAIN ARRET : LE PAYS DE LA LIMITE

La lettre de Sylvain : Janvier 2017

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Ce jour-là, tout était blanc, recouvert de givre, et les rayons du soleil avaient une pureté merveilleuse. Ma jument et moi, nous nous promenions tranquillement dans la claire lumière des allées forestières, le son des sabots crissant sur les feuilles gelées. Il y a un moment de nos balades que j'attends tout particulièrement.

Ce moment, c'est celui où ma jument Tamani tourne une oreille, puis l'autre vers l'obscurité du sous-bois, tourne sa tête, puis décide de prendre un tournant à 90 ° qui nous fait quitter le sentier et nous enfoncer résolument entre les touffes de noisetiers et d'aulnes, dans le mystère clair-obscur de la forêt.

Parfois, au loin, une harde de biches nous observe, leurs grandes oreilles dirigées vers nous, protégée par un grand cerf à la ramure majestueuse. C’est ce moment bien spécial que j'attends. Il est le signe que nous quittons la réalité logique ordinaire et nous entrons dans une autre sorte de réalité, un monde fait de résonances, de sons et de chants, de vibrations et de couleurs. C'est dans cette autre réalité, ce pays de la limite, que les meilleures intuitions viennent vers moi. Dans ce pays, les esprits invisibles deviennent l'évidence, l'âme des arbres résonne avec le scintillement des étoiles, les animaux sauvages s'expriment en une langue universelle que tous peuvent comprendre, le souffle du vent fait renaître l'enfant dans ma poitrine, en un mot, le merveilleux ressuscite.

Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un sujet personnel et qui me touche de près. C'est quelque chose qui est en rapport avec ce pays de la limite. Cela m'est difficile de le partager parce que ces choses sont liées à des blessures ouvertes dans mon être. C'est aussi un sujet qui me concerne très directement depuis bien longtemps et qui m'empêche de vivre une vie normale dans notre société occidentale. C’est aussi un sujet relié de très près au cheval, parce que de très nombreuses personnes qui recherchent une autre relation avec les chevaux, une relation emplie de ressenti et de partages, ont du mal à vivre avec les humains dans notre société actuelle. Ce sujet, c'est la personnalité "borderland". Non, pas la personnalité borderline, comme on le dit en psychiatrie pour étiqueter une personne qui a du mal à gérer ses émotions, remet en question son identité et a des réactions excessives à la moindre contrariété. Non, la personnalité "borderland", c’est la personnalité de celui qui habite le pays de la limite. C'est un pays que l'on ne peut visiter qu'en sortant des sentiers battus, exactement comme ma jument lorsqu'elle prend un virage à 90 ° et quitte la piste pour s'enfoncer dans la forêt. Le "pays de la limite", c’est l'émergence d'une autre réalité, une réalité au-delà du rationnel. Dans ce pays, il n'y a pas de ligne droite pour aller d'un endroit à un autre. Non, pour s'y déplacer, il faut accepter la fragmentation de son être et le glissement de la conscience, la transformation intérieure et la remise en question du circuit des pensées. C'est la réalité des mythes et des légendes, de ce qui n'est pas réel et, pourtant est toujours et partout présent.

Aux portes de ce pays de la limite se tient la gardienne des Mystères, la déesse Déméter parfois représentée avec un corps de femme et une tête de cheval, en miroir du Centaure Chiron, au corps de cheval et au visage d'homme.

Dans son livre-carte La Voie du Cheval, avec la carte 35, Linda Kohanov écrit que cet archétype nous invite à explorer une sagesse plus vaste, une sagesse à la fois née des sens et extra-sensorielle, la sagesse non verbale et non prédatrice qui est puissamment incarnée par les chevaux.

Entièrement ressuscitée aujourd'hui, la déesse à tête de jument pourrait facilement devenir l'ange gardien des personnalités hypersensibles, les habitants de la limite qui se sentent si profondément trahis par notre culture agressive, patriarcale, monétisée et robotisée.

En fait, le mythe même de la déesse à tête de jument aborde directement les thèmes de la violence, de la révolte contre l’injustice, de l'isolement du monde, du pardon universel, de la purification du cœur et de la naissance sacrée. Son histoire est le mythe Grec de Déméter violée par Poséidon, donnant naissance au cheval Arion et à la Gardienne des Mystères dont on ne pouvait prononcer le nom. C’est un mythe occidental de la création du cheval. Le géographe Grec Pausanias décrivait ainsi Déméter: elle était une femme en tous ses aspects, sauf la tête. Cette femme avait la tête et la crinière d'un cheval et [...] il y avait un dauphin sur l'une de ses mains ; et sur l'autre, une colombe.

Ce mythe du cheval pourrait être conté de nos jours, non seulement pour guérir les victimes de syndromes post-traumatiques par la vertu des chevaux, des dauphins et des colombes, mais encore et surtout pour tous ceux d'entre nous qui se sentent étrangers à ce monde, impuissants et emplis de colère face au viol que la civilisation fait subir chaque jour à la Terre-Mère.

Un psychanalyste américain, Jérôme Bernstein, disait que le pays de la limite, Borderland, n’est ni plus ni moins que le but collectif vers lequel se dirige la conscience de l'Occidental d'aujourd'hui.

Alors… nous allons nous éloigner pour quelques instants du monde des chevaux, pour raconter l'histoire du Dr Bernstein et explorer ce "pays de la limite", un pays dont la frontière est proche de l'univers de la relation homme - cheval.

Et pour ceux qui me connaissent, vous l'aurez peut-être déjà compris, je vous raconte cette histoire parce qu’elle résonne puissamment avec les expériences que j'ai moi-même vécues.

Jérôme Bernstein était un petit homme d'apparence très ordinaire, un peu grassouillet, dont le regard aigu et les traits indiquaient nettement son origine dans la communauté Juive de New York. En 1971, Bernstein vécut une expérience extraordinaire, une expérience que rien dans sa vie ne pouvait présager, et qui changea pour toujours ses conceptions sur la conscience, les animaux et les éléments qui nous entourent.

Jérôme Bernstein était employé depuis des années au Bureau Fédéral du Développement Économique de Washington DC. Il avait un bon salaire de fonctionnaire fédéral, un beau bureau en acajou, parfaitement en ordre, dans un service administratif grassement subventionné, et sa carrière était toute tracée.

Mais Bernstein avait, depuis plusieurs années, le désir inavoué de mettre fin à cette carrière plate, sans risque, et à sa vie monotone de petit fonctionnaire.

Ce qu'il souhaitait par-dessus tout, c'était prendre des risques, changer de vie, devenir un homme et créer lui-même sa propre entreprise.

Les évènements de l'année 1971 firent que, non seulement Jérôme Bernstein décida de se lancer dans le monde de l'entreprise, mais que sa vie toute entière fut bouleversée.

En 1971, Richard Nixon mit en place le Traité Amérindien d'Autodétermination, un document officiel donnant aux tribus amérindiennes, pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, le droit d'exercer librement leur religion et de décider pour eux-mêmes ce qui était leurs meilleurs intérêts au lieu de se soumettre aux programmes éducatifs du Bureau des Affaires Indiennes, des programmes qui n'étaient, en réalité, rien d'autre qu'un génocide culturel organisé.

Jérôme Bernstein avait pris sa grande décision au début de cette année 1971. Il démissionna et s'installa avec un confrère dans un petit bureau de consulting et d'audit dans une banlieue de Washington.

Quelques mois plus tard, en automne, voilà qu’une lettre étrange arriva dans la boîte aux lettres de sa petite entreprise. Dans cette lettre, le chef tribal du gouvernement Navajo, qui venait d'être élu à la suite du Traité d'Autodétermination des amérindiens mis en place par le président Nixon, expliquait qu'il cherchait un spécialiste pour une mission de sept jours en pays Navajo , mission consistant en l'étude et l'audit de son projet de réforme de l'enseignement sur la Nation Navajo, le but étant de redonner aux Navajo la maîtrise de leur langue, de leur culture et de leur dignité. C'était le premier projet de ce type, et il apparaissait certain que ce projet créerait un précédent et serait le modèle pour toutes les tribus Amérindiennes.

Jérôme Bernstein n'avait aucune autre demande en attente. Le loyer de son petit bureau de Washington commençait à sérieusement entamer ses économies. Il accepta. Quelques jours plus tard, il se retrouvait au cœur de l’Arizona, à Window Rock dans la réserve Navajo, dans la petite salle de réunion d'un bâtiment préfabriqué, assis sur une vieille chaise en bois, face aux principaux responsables de la tribu Navajo. Jérôme Bernstein n'avait jamais rencontré d'Indiens de sa vie. Il passa la semaine suivante à visiter toutes les écoles et pensionnats de la réserve. Son maintien modeste, son humilité naturelle, son professionnalisme, et son acceptation tacite que, pour les Navajos, le temps n'est pas linéaire mais circulaire, sa volonté d'écoute, tout cela fit que le chef tribal lui confia une mission supplémentaire de trois mois. Un soir, à la fin de cette période, Jérôme Bernstein gara sa voiture sur le parking du petit bâtiment administratif où il avait l'habitude de faire ses réunions. Il était très en retard, plusieurs heures, à cause de l'un de ces orages violents dont le plateau du Colorado est coutumier en hiver. A sa grande surprise la fenêtre de la salle était encore éclairée. En entrant, il trouva, assis sur les chaises en bois défraichies, trois homme-médecine avec qui il avait déjà travaillé et dans les visages ne lui étaient pas inconnus. Ils l'inviter à s'asseoir en face d'eux, attends dire presque une minute en silence, selon l'usage Navajo, et lui dirent " Nous vous avons attendu. Nous avons écouté la manière dont vous nous écoutez. Nous voudrions que vous reveniez travailler avec nous". C'est ce que fit Jérôme Bernstein, au cours des cinq années suivantes. Il revint de nombreuses fois, se lia d'amitié avec des medecine-man parmi les plus importants, dont le célèbre artiste peintre et guérisseur traditionnel Carl Gorman.

Gorman était un des medecine men les plus importants, qui venait de fonder un Bureau Navajo des Soins Amérindiens Traditionnels. Il invita Bernstein à des cérémonies traditionnelles où, toute la nuit, des chanteurs et des danseurs masqués aidaient leurs patients à revenir dans la Voie de la Beauté. Il lui expliqua, dans le détail, la philosophie de l'harmonie universelle, Hozho. Gorman disait à Bernstein que, pour bien comprendre la culture Navajo, il fallait faire soi-même l'expérience de cette culture, avec ses cérémonies et ses chants.

Après quelques années, et de très nombreuses invitations à des cérémonies, Bernstein commença à avoir une succession de rêves étranges, des rêves au cours desquels des guérisseurs Hopi et Navajos qu'il lui semblait avoir déjà rencontré lui expliquaient leurs méthodes de guérison et d'harmonisation avec les éléments.

Ce qui se passa ensuite transforma radicalement la vie de Jérôme Bernstein.

Lisez la suite de l’histoire…. le mois prochain avec le prochain numéro de la lettre d’info de février !

Toutes mes amitiés

Sylvain

Droits photo et de reproduction :

Extraits de :

Living in the Borderland: The Evolution of Consciousness and the Challenge of Healing Trauma par Jerome S. Bernstein Way of the Horse: Equine Archetypes for Self-Discovery — A Book of Exploration and 40 Cards par Linda Kohanov, et Kim McElroy

Traductions françaises par Cécile Gilbert Kawano et Sylvain Gilllier-Imbs.

Images © Creative Common, Linda Kohanov et Kim McElroy. Keeper of the Mtstery © Kim McElroy / https://spiritofhorse.com/

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