Le grrraand cercle!

Le grrraand cercle!

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Bonjour à tous les amis de eQuintessence! Ceux qui me connaissent savent que mon caractère n'est pas toujours très facile. C'est que, en fait, j'accorde souvent plus d'importance à ce que me dit le grand cercle de la nature autour de moi, à ce que me dit la petite voix intérieure, et bien sur à ce que les chevaux murmurent à mes oreilles. On m'en a déjà fait le reproche, je le reconnais, je ne suis pas tellement intéressé par les problématiques inter-humaines. Toutes les jalouseries, les petits mensonges et les visages composés pour la circonstance me semblent être des mesquineries et des petitesses qui virevoltent autour de notre Soi authentique comme des mouches autour de la tête des chevaux. De ce fait, c'est vrai, je n'ai pas beaucoup de compétences sociales. Cela me vaut souvent d'être étiqueté comme quelqu'un de "cassant" ou comme un solitaire qui vit en ermite.

La lettre de Sylvain Aout 2016. Illustration extraite de Garçon conduisant un cheval (1905-1906), par Pablo Picasso

Ce qui m'intéresse vraiment, là où je trouve mon énergie, c'est dans le grand cercle qui nous entoure, d'un horizon à l'autre, lorsque, mes compagnons et moi, nous cheminons à cheval. Le monde du cheval décrit un grand cercle. Sa vision, à 340 ° autour de lui, est presque circulaire. Lorsque nous cheminons, mon cheval est au centre d'un vaste cercle. Où est donc la périphérie de ce cercle ? A l'horizon? Ou alors , englobant toute la planète terre, avec le cercle de tous les ancêtres chevaux, le cercle du grand peuple cheval avec ses millions d'étalons, de juments et de poulains de toutes les couleurs, galopant dans les prairies des mondes invisibles? Ou encore, le cercle est-il limité par mes propres représentations mentales de ce que je suis et ne suis pas, par les étiquettes que je colle sans cesse sur tout ce qui m'entoure? Une vision si large est-elle compatible avec la vision humaine, si étroite, si focalisée vers des buts et des résultats visibles, si polarisée vers l'efficacité, la productivité et la rentabilité? Le cercle humain me semble parfois si étroit, tellement identifié avec son propre point de vue. As-tu déjà pris le temps de passer une journée entière avec tes chevaux, de l'aurore au crépuscule. Le soleil se lève et décrit tranquillement son grand cercle quotidien. Le troupeau déambule paisiblement. Je travaille avec les chevaux, et c'est encore dans un cercle, le rond de longe, le cercle que mon mentor Kathleen Barry Ingram appelle " le cercle sacré des possibles" . Depuis l'origine de l'homme et jusqu'à la fin de la renaissance, loin dans le 18ème siècle, tous les scientifiques et, avant eux, les philosophes et les sages, enseignaient que le cosmos n'est ordonné que par des cercles et des roues d'énergie. Le monde est mis en mouvement par de grands cercles et tout, autour de moi et en moi, se déplace avec un mouvement circulaire. Le mot Chakra, ce mot qui désigne les centres d'énergie du corps, ces chakras auxquels nos compagnons chevaux sont si sensibles, ce mot ne signifie-t-il pas "cercle" en Sanscrit? Lorsque, finalement, la pensée matérialiste prenant peu à peu le dessus, les astronomes ont fini par objecter que leurs observations montraient des planètes qui orbitaient non pas en cercles, mais en ellipses, la déconvenue fut générale. Les ellipses ne sont que des cercles imparfaits et décalés. Voici que l'organisation de la nature ne réfléchissait plus les lois spirituelles. Pourtant, nous ne le savons que trop bien: le cercle parfait, il n'existe pas. Dans notre vie, le cercle est déformé. Le centre du cercle est décalé. Que cela soit dans le cercle de "toutes nos relations", il y a toujours un ou deux indésirables que nous rayons rageusement de notre carnet d'adresse. Le cercle de tous les possibles, ma vision étroite n'en perçoit qu'un tout petit segment, l'étroit rayon de ce que je pense "possible" , "réaliste" ou "faisable". Et pour le grand cercle sacré de médecine des sagesses amérindiennes, le " sacred hoop" des Lakotas, le "Medicine Circle" des tribus du Nord, le cercle des quatre montagnes sacrées des Navajos, ce cercle-là, c'est nous même, les occidentaux, qui l'avons brisé, fermant par-là la porte vers le "Grand Mystère", pour reprendre les termes du sage et philosophe Lakota Black Elk. Pendant les ateliers avec les chevaux, je propose souvent l'exercice du rond de longe, où l'être humain apprend à se placer au milieu du rond, à occuper la place tout au centre du cercle. Et le cheval le lui dit: "sois vraiment toi-même, sois pleinement en équilibre dans ton centre intérieur, et moi, je serai l'horizon qui galope tout autour du cercle de ta vie". Mais l'humain ne comprend pas. Son soi authentique est décalé, il n'occupe plus le lieu central. Il dit " je ne sais pas le faire, je ne peux pas y arriver, je n'ose pas risquer de faire mal". Alors, évidemment, lorsque deux visions si différentes se rencontrent et ne se comprennent pas , il se passe parfois ce que beaucoup d'entre vous ont déjà vécu avec leur cheval: conflit aigu, dysharmonie, incompréhensions mutuelles et à la longue, des comportements du cheval qui bien souvent mènent à sa revente ou, pire, à son départ pour l'abattoir. Pour moi, la vision humaine étroite n'est jamais si bien matérialisée que lorsque je suis face aux administrations. Certes, lorsque le cercle des humains crée une structure ( un hôpital, un stage de formation en equi-coaching, ou un centre équestre par exemple...), il faut bien les faire fonctionner, et donc un minimum d'organisation est nécessaire. J'en conviens. Mais l’administration acquiert une vie et une pensée qui lui est propre, décrivant un cercle de plus en plus étroit et de plus en plus resserré. C'est le symbole des constructions mentales du moi. Ce sont les chevaux misérables qui tournent en rond au milieu du petit cirque famélique de notre propre vie. C'est le point obscur, l'ombre de ma pensée. Lorsque, dans mon cabinet médical, je conseille une plante médicinale bien connue, qui pousse en abondance dans la région où j'habite, facile d'utilisation et aux vertus reconnues depuis des siècles, et que l’administration me répond que " cette souche homéopathique a été interdite en France à cause d'un dossier de mise sur le marché insuffisamment documenté" et que " si, malgré tout, j'utilisais cette plante dans des préparations, je serais passible de poursuites au titre d'exercice illégal de la pharmacie", lorsque je vis cette expérience, je sens autour de moi le cercle des possibles qui se referme. Lorsque mes patients agriculteurs ( je pratique dans une région agricole) ne connaissent des plantes qu'ils cultivent que leurs chiffres de production à l'hectare et la longue liste des produits phytosanitaires qu'ils sont obligés d'utiliser pour les cultiver, je me dis que, sans doute, notre civilisation est arrivée à une limite. Heureusement que des initiatives existent pour dépasser cette limite et transformer l'ombre en possibilités nouvelles, par exemple à l'Oasis de Serendip, où l'on remet l'arbre là où il devrait se trouver, au centre du système agricole par l'apprentissage des anciens savoirs-faire des verger-jardins, des plantes sauvages comestibles et de l'agroforesterie - ou alors chez Shelley Rosenberg, au International Equine Summit d'Octobre prochain dans l'Arizona, ou encore , avec le Navajo Horse Project, par des partages entre les cultures amérindiennes autour de l'univers du cheval pour retrouver le sens du vivant, pour comprendre, partager et vivre ce que la sagesse circulaire de nos compagnons à quatre sabots veut nous transmettre. Heureusement que, après plus de cinq cent années d'incompréhension, le grand cercle de l'humanité finit par reconnaître ses frères et ses sœurs des peuples premiers, les gardiens de la terre et les dépositaires de l'héritage sacré des chevaux. Sans doute finirons-nous par comprendre que, tout au milieu du cercle sacré, au point central, pour parvenir à rétablir l'unité, il suffit de se tenir dans le silence et la présence. Chaleureusement, Sylvain

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