La douzième Maison : un conte de Noël


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Pour la vingtième fois au moins, Michael repassait sur son téléphone la vidéo qu'il avait reçu la veille de la part de son amie Christelle. Un élémental ? Est-ce que cela existe vraiment ? Le message de Christelle avec la vidéo de quelques secondes était vraiment déconcertant. Cela disait : regarde cette vidéo de la caméra de surveillance dans le magasin de mes parents. C'est certainement un élémental ! Tu n'en n' avais jamais vu n'est-ce pas ?

Non, Michael n'avait jamais vu d'élémental en vrai, mais il s'intéressait de près à la question. Il avait sur son ordinateur toute une collection de photos, prises près de cascades, ou dans des clairières de la forêt, où l'on pouvait voir des formes diffuses évoquant vaguement de petits êtres humains. Michael avait beaucoup étudié la question des feux follets, et de son point de vue, il y avait plus à comprendre dans ce phénomène que de vulgaires flatulences de gaz inflammable sur des zones marécageuses.

La vidéo de surveillance montrait incontestablement quelque chose. On y voyait un petit être, pourvu de deux ailes, qui volait lentement dans la pièce, avec autour de lui ce qui semblait être des étincelles lumineuse. Sans doute, cette entité ressemblait fort à ce qui était écrit dans les livres comme un élémental. L’heure sur la vidéo de surveillance indiquait « 0 :32 »

« Il faut que j'en aie le cœur net », se dit Michael.

Christelle habitait une petite maison qui servait aussi de magasin de minéraux. La maison était un peu à l'écart du village, à l'endroit où les contreforts de la montagne empiètent sur les coteaux de vignobles de la vallée. C'était la douzième maison sur la route qui allait en direction des crêtes, et sur tous les panneaux de signalisation, on lisait "minéraux et pierres de collection, origine garantie, magasin et dépôt, la 12e maison après le village", raison pour laquelle tous les amis de Christelle l'appelaient du quolibet de "habitante de la douzième maison".

Les parents de Christelle étaient depuis aussi longtemps qu'il s'en rappelait des passionnés de cristaux, de minéraux, et de tout ce qui se rapporte au langage des pierres et à leurs symboles. Ils connaissaient tout sur les pierres, Leurs vertus thérapeutiques, leurs vibrations énergétiques, et la maman de Christelle avait même entrepris des études spéciales de naturopathie avec les cristaux. Michael, lui, n'était pas vraiment branché cristaux. Ce qu'il aimait par-dessus tout, c'étaient les chevaux de Christelle. Elle avait récupéré, dans un pré voisin, trois vieux chevaux, des chevaux à la belle crinière blonde, de race Haflinger, qui avaient appartenu à une ferme de production de lait de jument, les anciens voisins de la 12e maison.

Lorsque les parents de Christelle n'étaient pas là, occupés à essayer de faire subsister leur affaire vendant quelques minéraux en pendentif sur les marchés de la région, Michael venait, et avec Christelle, il passait des après-midi entières avec les trois chevaux, sautant sur leur dos à partir de la barrière qui entourait le pré, se laissant emmener à droite et à gauche au gré de leurs humeurs pendant des heures.

Michael repensait à tout cela, tout en continuant à passer nonchalamment en revue ses différents messages. Le message suivant était une vidéo d’André, prise lors de ses vacances dans les Alpes. André avait fait du deltaplane pour la première fois de sa vie, et la vidéo le montrait accroché à une aile delta, accompagné d'un solide gaillard, une montagne en forme de dent derrière lui, essayant de sourire tout en se filmant avec une perche selfie. "Quel frimeur, cet André", pensa Michael. Mais ces pensées revenaient sans cesse à la vidéo mystérieuse et au petit être que l'on voyait voleter au milieu de la nuit dans le magasin de minéraux. Qu'est-ce que cela pouvait être ? C'est vrai que l'ambiance, dans ce magasin, était vraiment spéciale. Michael se disait que, le plus simple, ce serait d'aller voir lui-même, et peut-être que l'élément talent se montrerait ? « Le magasin n’est pas très loin, un quart d'heure de vélo, j'y serai. Je sais où les parents de Christelle cachent la clé. Justement, cela tombe bien, Christelle m'avait emprunté le bouquin d'exercices de maths, et j'en ai besoin pour l'interrogation la semaine prochaine. »

Lorsqu'il arriva devant la maison de Christelle, le soleil s'était déjà couché. Christelle disait souvent que ses parents aimaient nettement plus les pierres que les humains. C'est vrai que l'habitation qu'ils avaient choisie était vraiment à l'écart du village, sur une petite hauteur. Malgré le grand panneau en bois peint qui vantait les qualités des minéraux du magasin, l'endroit était vraiment difficile à trouver. Mais, quel paysage ! Se disait Michael. Juste en face de la maison, l'horizon s'ouvrait sur la grande plaine, d'abord des vignobles, puis de grands champs de maïs, de blé, et au loin et les silhouettes des houblonnières. Le ciel avait pris une couleur jaune dorée, et pendant le temps ou Michael avait grimpé la route pour arriver à l'entrée du magasin, le ciel tout entier, de l'Ouest à l'Est, avait pris une teinte pourpre, des reflets violet avec des nuances de rose. Les trois chevaux étaient là, broutant paisiblement, leur belle crinière reflétant les nuances du coucher de soleil.

Le magasin de minéraux consistait en fait en une seule pièce, d'une propreté assez douteuse, remplie par un amoncellement de bacs, d'étalages, de pierres, de toutes sortes de cailloux, et de cristaux en tous genres. Sur un côté, les cristaux étaient rangés par couleur, et au-dessus des bacs, des panneaux indiquaient leurs vertus et leur énergie. Les parents de Christelle avaient fait la tentative assez discutable de classer tous les cristaux en douze catégories, selon des enseignements qu’ils avaient reçu, tirés de la Bible ou de l’on ne savait quel texte sacré ancien. Au centre de la pièce trônaient dans une brouette des géodes d'améthyste et des cristaux de pyrite géants, grands comme des melons, enchâssés dans du gypse. Les murs étaient couverts d'anciens fossiles aux formes étranges et de plaques d’agate polies.

Les parents de Christelle aimaient tellement les minéraux qu'ils en achetaient beaucoup plus que ce qu'ils pourraient raisonnablement arriver à vendre. Tous les ans, ils partaient aux États-Unis assister à la convention mondiale des minéralogistes de Tucson, dans l'Arizona, et ils revenaient chaque fois avec un autre chargement de plusieurs dizaines de kilos de pierres aux couleurs et aux vertus extraordinaires.

Michael trouva facilement la clé, cachée comme d'habitude un au creux d'une des géodes présentée devant la porte d'entrée. L'intérieur du magasin était exactement comme il se le rappelait, et la petite pièce adjacente qui servait de bureau pour les livraisons était encore plus en désordre que la dernière fois.

Christelle n'était pas là. Elle lui avait envoyé un message expliquant que ses parents avaient gagné sur Groupon une soirée déguisement, et qu'ils allaient essayer d'en profiter pour écouler leur stock de broches avec des turquoises.

L'intérieur de la maison était parfaitement silencieux. Michael repéra la petite caméra de surveillance wifi à partir de laquelle la vidéo de l' élémental mystérieux avait été filmé.

D'après les livres que Michael avait lu, il se souvenait que les élémentals, ainsi que tous les esprits de la nature, n'aiment pas du tout être dérangés.

Michael se dit que le mieux, c'était d'attendre que l'obscurité vienne, puis de trouver un poste d'observation dans la pièce, par exemple derrière une des grandes géodes d'améthyste.

Cela faisait maintenant plusieurs heures que Michael attendait. Le silence et l'obscurité n'avaient fait que croître. La noirceur était devenue presque palpable. Une lune blafarde s'était levée à l'est, et le disque tout blanc, contrairement à toute logique, n'avait absolument pas fait diminuer l'obscurité dans la pièce. Michael se tenait avec son téléphone portable à la main, réglé sur la sensibilité maximum, prêt à le déclencher au moindre signe suspect. Mais il ne se passait strictement rien. La seule chose digne d'intérêt, c'était une colonie de petits insectes, des mouches minuscules ressemblant à des éphémères, qui volaient en groupe, avec des mouvements d'ascension verticaux très rapides, suivi d'une descente subite, comme s'ils avait heurté un plafond en verre. "C'est quand même bizarre qu'il y ait des mouches en plein hiver", se disait Michael." Pas de doute, le climat est vraiment en train de se réchauffer "! Les insectes montaient, montaient, et tout d'un coup se laissent tomber comme en chute libre, pour se rattraper quelques dizaines de centimètres plus bas et recommencer leur ascension. "C'était peut-être cela que la caméra de surveillance a capté", se demanda Michael. "Non, ce n'est pas possible, ces insectes sont beaucoup trop petits. " Leur mouvement incessant, l'obscurité, le silence, tout cela commençait à plus ou moins hypnotiser Michael. Ses pensées vagabondaient, il se souvenait d'une ancienne histoire amérindienne sur la création de l'obscurité et de la lumière. Au début, Han était tout ce qui existait. Han était l'obscurité profonde. Han n'avait aucune forme propre, et à vrai dire, son être était plus une absence qu'une présence. Le Grand Esprit, le Créateur de toute chose, décida de créer une contrepartie à Han, un être pour contrebalancer le non-être. C'est ainsi que Inya fut créé. Inya était un grand rocher, et il était entièrement entouré par la profonde obscurité de Han - cela devait un peu ressembler à ce magasin, se dit Mickaël en souriant intérieurement. Autour, il n'y avait rien. Inya se sentait seule, terriblement seule. "Je suis un rocher, se disait-elle, je ne peux pas bouger. Je désire un compagnon, fort, puissant, et qui se déplace vite. Elle voulait par-dessus tout créer son compagnon, et finalement le Créateur l'autorisa à créer comme compagnon le tonnerre. Le tonnerre n'avait pas un très bon caractère, mais il était très fort, d'une puissance abasourdissante, et il se déplaçait aussi vite que les vents et les éclairs. La forme du tonnerre était si terrifiante et sa lumière si éblouissante qu'il était obligé de se cacher au milieu des nuages. Inya était heureuse, son amour pour son compagnon tonnerre était tel que des étincelles de feu se détachaient de sa surface sombre et froide.

A propos d'étincelles, qu'est-ce que c'est que ça, pensa Mickael. Les insectes devant lui brillaient d'une lumière jaune, comme s'ils reflétaient une lumière. Des lucioles? Il se passe des choses bizarres ici, se dit-il. Les insectes dessinaient comme une forme devant son visage. Oui, une tête. Une tête de cheval. Pas possible. Michael saisit son téléphone et au moment où il appuyait sur le déclencheur, une brillante lumière l'aveugla. Non, j'aurais dû couper le flash, se dit-il. Mais ce qu'il voyait devant lui était impossible. La surprise le paralysait. Il y avait une forme vivante dans le magasin. Une croupe, des sabots, une respiration bruyante. Une obscurité qui se découpait sur le noir de la fenêtre du magasin. Des pas lourds. Michael sentait comme un poing s'enfoncer dans son ventre. Il avait la sensation que tous les poils de son corps se dressaient. "C'est un des chevaux", se dit-il. "Mais oui, quelqu'un a laissé une porte ouverte, et un des chevaux est entré dans le magasin." Mais, au-dessus de la croupe, il voyait à présent un torse, et au-dessus du torse, un visage barbu, un visage qui le regardait.

"Qui... qui êtes-vous vous" demanda Michael ? L'être répondit "je suis celui qui est né au plus profond de la nuit. Ne sais-tu pas que aujourd'hui, c'est le jour du solstice d'hiver ?"

"Mais…vous n'êtes pas un élémental" demanda Michael.

"Non", répondit l'être. "Je suis un centaure. Cette nuit est une nuit particulière. C'est la nuit la plus profonde de l'année. C'est la nuit de la plus grande obscurité. Ne sais-tu pas que c'est cette nuit que s’ouvre la porte entre les mondes ? Les centaures existent depuis toujours. Et cette nuit est la nuit des fées et des enchantements. Ton désir s'est transmis à ces pierres, devant toi. Ton désir a guidé mes pas, car sous mes sabots se trouvent la pierre d'onyx et le silex. C'est toi qui m'a appelé en cet endroit."

Michael ressentait une pression sur son front, une sensation autour de sa tête, comme la fois où il avait bu de la liqueur de prune que son père gardait sous son bureau. Il ne savait pas s'il était éveillé ou s'il rêvait.

"Tu m'as appelé du cœur de l'obscurité, continuait le centaure. C'est pour cela que, jadis, on déposait des sabots devant la cheminée. Cette nuit, et seulement cette nuit, de la noirceur de l'âtre surgissent les étincelles des fées. Si ton cœur est pur, les fées exauceront tous tes souhaits. Ce n'est pas le petit Jésus qui est né au moment de Noël. Cette histoire a été inventée de toutes pièces par les politiciens de l'Église catholique. Celui qui est né pendant la nuit du 25 décembre, c'est Orphée. Et le compagnon d'Orphée, c'est le centaure, celui qui est à la fois un homme et un animal. Et maintenant, je dois te poser une question. Pour que toutes choses puissent naître, une autre chose doit mourir. Pendant cette nuit, quelque chose doit mourir. Ma question est : qu'est-ce qui doit mourir en toi ?"

"Je ne suis pas sûr de très bien comprendre", dit Michael, répondant comme s'il se parlait à lui-même. "Après tout, je dois être en train de dormir. Ce qui doit mourir en moi ? Aucune idée. Et vous, vous savez ce que c'était cet élémental qui volait dans la pièce "?

"Cela n'a pas d'importance", répondit le centaure." Maintenant, je vais te raconter une histoire".

Au moment où le centaure dit cela, une pluie d'étincelles lumineuses apparurent dans la pièce. Les étincelles dessinaient des lignes brisées, des motifs géométriques, elles se rassemblaient en tournoyant juste devant le front de Michael, puis s'éloignaient à nouveau. Michael voyait à l'intérieur de lui les étincelles briller. Il les voyait dessiner des formes, des couleurs, un paysage.

"Il y a bien longtemps, dans ces anciennes montagnes vivait un jeune homme comme toi. Tout comme toi, le jeune homme aimait par-dessus tout observer les chevaux qui broutaient paisiblement. Lors d'une belle journée ensoleillée du mois d'août, le jeune homme observait un grand troupeau de chevaux, couché dans l'herbe, au milieu des papillons et des libellules. Et voici qu'un beau cheval se détache du groupe et qui se dirige tout droit vers lui. Sa longue crinière se balance au rythme de ses pas. Le jeune homme se lève, va tendre la main pour toucher l'encolure de ce beau cheval. À ce moment, quelque chose de magique se passe. Le jeune garçon ne sait pas s'il est tombé endormi, d'un seul coup, car devant lui il voit une belle jeune femme, elle est vêtue d'une tunique toute blanche, sa chevelure blonde descend jusqu'à sa taille. Autour de ses hanches, elle porte une ceinture faite de silex taillés, comme des pointes de flèches. Son corps est élancé, mais ses cheveux sont emmêlés et maculés de poussière. Son odeur est celle des fleurs de lavande et de l'herbe des prés à l'heure de la rosée. Et à l'instant, le jeune homme sait qu'il est éperdument tombé amoureux d'elle. Il reste debout devant elle, Incapable de parler. La jeune fille sourit, et elle lui dit "je viens de la part du peuple des chevaux. Mon père m'a envoyé vers toi à cause de tes bons sentiments envers les chevaux. Le conseil du peuple des chevaux sait que tu es un homme bon et gentil, et j'ai été envoyé ici pour devenir ta femme. Nous donnerons l'exemple aux deux peuples, le peuple de ceux qui se tiennent sur deux jambes, et le peuple des chevaux. Nous leur montrerons comment vivre ensemble dans la paix et dans l'harmonie. Alors le jeune homme se maria avec la femme, ils eurent un fils, ils appelèrent Philippe, celui qui aime els chevaux. Mais, tu peux peut-être imaginer comment cela se passe dans un petit village. Il y a beaucoup de commérages. Il y a des gens qui n'aimaient pas cette femme, parce qu'elle ne peignait pas ses cheveux. Il y a des gens qui ne l'aimaient pas, parce que son odeur était différente, ou parce qu'elle parlait de manière différente. Parce qu'elle ne suivait pas les habitudes du village, et elle ne mangeait pas la même nourriture que tout le monde. Les gens commençaient à dire: "mais finalement d'où est-ce qu'elle vient ? Pour qui elle ce qu'elle se prend "? Avant longtemps, des habitants du village commençaient à dire qu'elle était un animal, et qu'elle ne serait jamais une véritable habitante du village. Un jour, pendant que le jeune homme était parti, ses oncles allèrent voir sa femme et ils lui dirent qu'elle devait quitter le village. Ils commencèrent à la menacer, alors elle prit avec elle à son enfant et elle s'enfuit. Quand le jeune homme revint, il trouva sa femme et son fils marchant sur la route. Il leur demanda ce qui s'était passé. En entendant ce que disait la femme, une grande colère l’envahit. il retourna au village et commença à parler très fort avec tous ses cousins. Il exigea que sa femme revienne sur le champ. Les cousins dirent "' et bien, va donc la chercher toi-même, alors, et ramène- là ici, si tu le peux". Les cousins étaient bien certains qu'il ne la ramènerait jamais, car ils s'étaient fait aider d'un sorcier, et ce sorcier avait repoussé de sa femme l'âme humaine, de sorte qu'elle était redevenu un cheval. Après plusieurs jours de traque, car sa femme et son fils avaient pris beaucoup d'avance, il arriva à une petite cabane de branchage à la lisière d'une forêt. Devant la cabane, il reconnut la forme de la jument qui était devenue sa femme, et à ses côtés était un jeune poulain. Dès que la jument posa son regard sur lui, elle redevint une femme humaine, et le poulain redevint un petit garçon, qui lui dit en riant " vient, Papa, vient manger avec nous, Maman a préparé le repas pour nous". Alors le jeune homme entra dans la cabane, et mangea un bon repas. Mais pendant qu'il mangeait, sa femme lui dit " Il faut que je retourne auprès de mon peuple. Je ne peux plus vivre avec les humains. Il ne faut pas que tu me suives, car si tu le fais, mon peuple te tuera. Ils seront tellement en colère à cause de tout cela qu'ils te tueront. S'il te plait, ne me suis pas".

Il répondit " cela m'est bien égal si je meurs. Je t'aime, et j'irai là où tu iras".

Au matin suivant, lorsque le jeune homme se réveilla, la cabane avait disparu, et il était couché tout seul dans l'herbe mouillée. Il vit les traces de la cabane, aussi il sut qu'il n'avait pas rêvé. Il trouva les traces de sabots de sa femme et de son fils, et il les suivit toute la journée. Et à nouveau, le soir venu, il vit le poulain, et à nouveau, il se transforma en son jeune fils dès qu'il le vit. Son fils lui dit " Demain, Maman va te faire vraiment la vie dure pour que tu ne nous suives pas. Maman va faire que toute l'eau disparaisse. Mais si tu as soif, marche dans mes traces de sabots, et là tu trouveras de l'eau à boire. Et si tu ne vois plus mes traces sur les rochers, regarde les pointes de silex qui sont sous mes sabots, et l'arc-en-ciel et ils te donneront la direction à prendre". Puis il vit sa femme. Elle montra un plateau, au loin, très haut sur une montagne enneigée, et lui dit "Mon peuple vit là-haut, sur le plateau. Il ne faut vraiment pas que tu viennes, parce qu'ils seront tellement en colère qu'ils te tueront.". Mais, à nouveau, il répondit: " que je meure, cela ne m'importe pas. Rien ne me fera retourner au village. Je vous suivrai, parce que je vous aime tous les deux". Et pendant que sa femme est endormie à côté de lui, il défait sa ceinture, et attache la boucle à celle de sa femme, et il enroule une mèche de ses cheveux autour de son bras. Mais, au matin, il se réveille à nouveau tout seul. Il voit les traces de sa femme et de son fils, mais ce sont des traces de sabots, et elles se mélangent à d'autres pistes. Toutes les pistes se dirigent vers le haut, vers la montagne, et bientôt il n'y a plus que des rochers autour de lui. Il fait bien attention à suivre les traces du poulain, et dans les traces, il trouve des filets d'eau. Et le soir, lorsqu'il retrouve sa femme, la même discussion recommence, et encore, il dit à sa femme qu'il ne cessera pas de la suivre. Et, ainsi, ils gravissent la montagne, le chemin est de plus en plus sec et aride, mais chaque jour, il trouve des sources d'eau en suivant les traces de son fils. Et lorsque le soc est trop sec et trop pierreux pour laisser des traces, il voit des pointes de flèches sur le sol et un arc-en-ciel lui indique la direction à prendre. Le voyage se poursuit pendant onze jours. Le dixième jour, il marche dans la neige.

Le douzième jour, il arrive tout en haut de la montagne, là où se trouve le plateau. Et lorsqu'il franchit la crête, voilà que devant lui, à perte de vue sur le plateau, il y a des chevaux de toutes couleurs et de toutes tailles. Le peuple des chevaux tout entier est devant lui. Alors son fils arrive vers lui en courant et lui crie " Papa, retourne, n'avance pas plus loin. Mon peuple est là, et s'ils te voient, ils te tueront". Mais il répond " Non mon fils. Je suis venu pour rester avec vous. Je n'irai nulle part. C'est ici que je suis chez moi". "Alors, il faudra que tu sois courageux", lui répond son fils. " Sois maître de ta peur, sois brave, ou bien mon grand - père te tuera. Il est le chef de tout le peuple des chevaux. Il te mettra à l'épreuve. Il te demandera de me retrouver et de retrouver Maman. Tu sauras que c'est moi, parce que je coucherai mon oreille gauche, comme si j'étais en colère. Tu retrouveras Maman parce que je mettrai sur sa croupe une fleur d'Edelweiss. Sois attentif, Papa, reste bien éveillé, et tu passeras l'épreuve". Alors le jeune homme descend sur le plateau, et voilà le plus puissant des étalons qui le charge comme jamais aucun cheval n'a chargé, et qui se cabre comme jamais aucun cheval ne s'est cabré, et qui lance ses sabots vers lui comme jamais aucun cheval n'a frappé. L'étalon gratte la terre de ses sabots, se cabre devant lui. Les sabots sifflent devant son visage, mais le jeune homme ne bouge pas d'un centimètre. Il reste maître de lui-même, comme un rocher. Pas un seul des muscles de son visage ne bouge. Finalement, l'étalon arrête, et dit " cet être à deux jambes ne bouge pas. Il se tient comme un roc. Son cœur est brave et il sait se maîtriser. Bon. Je ne vais pas le tuer tout de suite." Alors le grand- père du peuple des chevaux amène le jeune homme au centre du troupeau. Là, il y a une vieille jument, pleine de sagesse. C'est la grand-mère des chevaux. Elle dit à l'étalon. "Je suis d'avis que si cet homme parvient à retrouver sa femme et son fils parmi la multitude de notre peuple, alors il est digne d'être avec nous". Et l'étalon dit " Soit. Puisque tu es si malin, homme, retrouve donc ta femme et ton fils". Tous les chevaux forment de grands cercles autour de lui, d'abord les poulains de l'année, puis les jeunes, ils sont tous en cercle. Alors le jeune homme marche, et marche, jusqu'à ce que, finalement, il voie un jeune poulain qui couche son oreille gauche comme s'il était en colère. Il dit : " voici mon fils". Et il marche, jusqu'à ce qu'il voie une jument avec sur la croupe un Edelweiss, et il dit " Voici ma femme". Et tous les chevaux sont frappés de stupeur. "Quelle personne merveilleuse", disent-ils " cet homme est vraiment éveillé". Une larme coule de l'œil de sa femme. Alors l'étalon déclare que ce jeune homme aime tellement sa femme et son fils qu'il est prêt à mourir pour eux, et à cause de cela, il est digne de faire partie du peuple des chevaux. Et tous les chevaux galopent, ils poussent le jeune homme, et ils le lèchent, et ils se frottent à lui jusqu'à que son odeur humaine soit partie. Pendant trois jours et trois nuits, ils galopent avec le jeune homme, et après le troisième jour, il devient vraiment un des leurs. Et c'est depuis ce jour que les humains et les chevaux sont devenus des amis."

"A présent, il te faut partir", dit le centaure, "et dormir. Reçois ce collier. Il te protègera toute ta vie, et te fera aimer des chevaux."

Quelque chose de dur s'enfonçait dans son coté. Michael se tourna, mais la douleur devint plus aiguë. Il ouvrit une paupière. "Mais ou suis-je" ? La lumière du matin entrait à flots par la fenêtre du magasin de minéraux. Il est couché juste sur une des améthystes en pointe de la grosse géode. "Les étincelles... le centaure...la femme - cheval ... ah oui, j'ai rêvé... quel drôle de rêve. Quelle histoire étrange. "

Michael se lèva et regarda son visage défait dans un miroir poli sur une immense pierre d'onyx toute noire. A son cou, un collier portant une pointe de flèche.

Michael sort, tenant dans sa main la pointe de flèche. Lorsqu'il passe devant la pâture des chevaux, ils hennissent, et tous les trois ils s'approchent de lui, et il enfonce ses mains dans leur crinière chaude. Il regarde devant lui, les yeux embués de larmes, il y a un arc-en-ciel au loin, tout au fond de la vallée.

Un petit rouge-gorge se pose juste devant ses yeux, sur un piquet de la pâture. Michael a l'impression d'être devenu une autre personne. Et, juste comme le soleil se lève, il y a un reflet sur le plumage du rouge gorge, un reflet étincelant, comme une pierre précieuse, où il voit un instant une forme mi-humaine et mi-animale. Tout est beau et harmonieux. Michael sourit. Une nouvelle journée commençait.

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