La lettre de Sylvain : cheval blanc, cheval noir.

Quelques impressions d'un stage où l'on marche... avec les archétypes des chevaux.

De couleur rouge. Rouge sang et bleu turquoise, c'étaient les couleurs du bracelet au poignet de Renée *, une des participantes au stage organisé par Cheval Communication près de Nîmes. Un beau bracelet amérindien, d'apparence très authentique, magnifiquement tissé avec des perles de corail et des enfilements de turquoise bleues. Pas du tout le genre de bijoux bon marché que l'on vend aux touristes dans les réserves d'Indiens. Un bracelet de cérémonie, sûrement, me dis-je. Ma supposition était bientôt confirmée par la propriétaire du bracelet. D'origine américaine, Renée m'apprit qu'elle était d'ascendance Lakota par sa grand mère - et irlandaise par son grand - père, d'où ses beaux yeux d'un bleu-vert pénétrant, parfaitement assortis aux turquoises à son poignet.

Lors de ma formation dans le Sud Ouest des États-Unis , j'avais eu l'occasion, les trois années passées, de mieux connaitre et comprendre les traditions des Indiens de l'Arizona et du Nouveau Mexique, étonnamment vivaces à mes yeux innocents de petit français ne connaissant les cultures américaines que par les productions hollywoodiennes. Le Corail symbolise le sang de la Terre - Mère dans les traditions amérindiennes. Il est souvent associé à la turquoise, pierre bleue indiquant l'élément mâle, représentant le Peuple des Étoiles, le Ciel-Père, protégeant ceux qui sont les Gardiens de la Terre **

La veille, en venant sur le lieu de stage, avec un bus de la compagnie de transport du Gard, j'avais remarqué, détail étrange, que le conducteur avait glissé une grande plume noire, sans doute une rémige d'un grand corbeau, au-dessus de son poste de conduite, coincée entre deux marteaux de sécurité. La plume du corbeau indique le pouvoir de lâcher prise avec les anciennes croyances.... Un signe, m'étais-je dit, un signe qui m'avait fait réfléchir à ce que, moi-même, j'étais prêt à lâcher de mes croyances....

En arrivant, j'avais été accueilli par deux nouveaux chevaux que je ne connaissais pas: une belle jument Paint aux yeux bleus, et un magnifique Appaloosa, tacheté à souhait. c'était les chevaux de deux participants au stage qui voulaient vivre l'expérience avec leur compagnon à quatre sabots. L'Appaloosa est une des seules races chevalines sélectionnées par les amérindiens . Sa robe tachetée était très appréciée. Les chevaux portant une couleur différente autour des yeux, comme celui qui était devant moi, étaient considérés comme des chevaux guérisseurs - des "medicine hat horse" - et on leur portait le plus grand respect. Ils n'étaient pas montés, on en prenait grand soin, et ils jouaient un rôle important dans des cérémonies de guérison. Les chevaux Paint, eux, avec leur robe bicolore, étaient les chevaux des guerriers, de fières montures, courageuses et rapides, que les Indiens montaient à cru, et parfois sans aucun enrênement tant leur relation avec eux était étroite.

Pas de doute, me dis-je, le Grand Esprit n'est pas loin, la semaine allait être marquée au sceau des traditions "Native American" ....

Les indiens, avec leur imagerie occidentale de Western spaghetti, de "BROKEN ARROW" à "NAVAJO JOE", en passant par "Dreamkeeper", nous semblent provenir d'une culture radicalement étrangère, issue du culte de la nature, si loin des croyances judéo-chrétiennes. Et pourtant... les études linguistiques comme les analyses ADN le démontrent : la plupart des peuples amérindiens proviennent des Balkans, de l'Ukraine et de l'Europe de l'Est. En plusieurs vagues, depuis 1500 avant J.C., ils ont franchi le détroit de Béring et se sont répandu, du Nord au Sud de "l'île de la Tortue", le continent Nord- américain, emportant avec eux leurs cosmogonies basées sur le cercle, leurs secrets et leur mode de vie nomade.

Pas de mythes équestres, pourtant, chez les premiers indiens: ils n'ont découvert les chevaux domestiques qu'avec l'arrivée des Conquistadores, et ne les ont adoptés qu'entre le 18e et le 19e siècle, intégrant le Totem du Cheval dans le "cercle de médecine", la représentation des quatre états du monde changeant ***.

C'est ce cercle divisé par une croix, la route horizontale qui va de la naissance à la mort, et la route verticale qui va de l'état humain naturel à l'état spirituel, cette figure symbolique qui a été au centre de mon expérience pendant le stage: marcher la roue de médecine avec les chevaux. Une expérience difficile à décrire, la révélation d'une authentique communauté et une compréhension intérieure de qui je suis en réalité.

En Europe aussi, les chevaux sont associés à la révélation et aux quatre directions comme dans les textes religieux de la Bible: l'Apocalypse ( la traduction de ce mot Grec est : révélation), où quatre chevaux de couleurs différentes annoncent la fin du monde ancien. Dans le monde préchrétien galopent le char aux quatre chevaux du Dieu des Gnostiques, Abraxas, ou encore les chevaux messagers et guérisseurs des écoles d'initiation de l'ancienne Grèce, Pégase et Chiron. Le mythologue Joseph Campbell, un élève de Carl G. Jung, disait que "le mythe est quelque chose qui n'existe pas, et à cause de cela est présent partout". Et dans notre univers, les mythes liés au cheval sont bien présents!

Dans son livre "La Voie du Cheval", qui paraîtra prochainement en français, Linda Kohanov décrit plusieurs archétypes équins. Elle remarque que la figure de Déméter, la gardienne des Mystères d'Eleusis, en Grèce antique, était représentée avec la forme d'une femme à tête de cheval.

"Des brumes du passé, cette ancienne figure à tête de cheval, si longtemps négligée et oubliée, se lève pour nous indiquer le chemin d'exploration d'une sagesse non-verbale, non-prédatrice, sensorielle et extrasensorielle, la sagesse que les chevaux nous apportent. Si elle était pleinement ressuscitée, elle pourrait aisément devenir le saint patron de toutes ces personnes trop sensibles qui ressentent notre culture mécanisée et agressive comme une trahison des valeurs de l'âme.

Bien après que le monde des mythes ait perdu sa réalité et son importance dans la vie des humains, le centaure est resté comme un témoignage de l'ancien temps. Cette représentation pourrait bien après tout, être celle de l'esprit humain qui contrôle le corps du cheval. Mais, à l'opposé, que dire de la représentation de la déesse à corps humain et à tête de cheval. Ne met elle pas en jeu la notion même de supériorité humaine sur l'animal? Pour seulement concevoir qu'un tel être puisse exister, il faut bien s'imaginer que la nature a une intelligence qui lui est propre, qui peut être ne dispose pas de la parole, mais qui est pleine de grâce, de vie, et capable de diriger le pouvoir de la main humaine, avec ses pouces opposables. C'est une intelligence capable d'activer la sagesse du cheval dans le monde des humains. Ce n'est pas étonnant que cette déesse des forces naturelles soit devenue hors-la-loi dès que la civilisation romaine a commencé à soumettre la nature, la terre, et toutes les créatures terrestres, y compris les femmes ."

Pausanias, un géographe et explorateur de la Grèce antique, nous apprend que parfois, quand elle était de bonne humeur, Déméter se montrait comme une jument blanche, similaire à la déesse Celte Epona, elle aussi associée aux semences, à la transformation et à la fertilité. Déméter, cependant, avait aussi une forme obscure. Quand elle se mettait en colère face à l'arrogance des Dieux et des mortels, elle devenait la vengeresse "Melanippe", ou "Cheval noir", qui apparaissait pour redresser les injustices, et n'avait pas peur de se confronter à l'oppression et à l'autorité établie.

Connaître et maitriser le cheval blanc et le cheval noir en soi, c'est acquérir la possibilité intérieure de transformer continuellement le courant de sa vie, et aussi avoir le courage de se lever pour devenir libre face à l'injustice et à l'oppression.

Je vous souhaite à tous de connaitre la sagesse du cheval blanc... et du cheval noir!

Avec mes salutations très amicales,

Sylvain Gillier-Imbs

* les noms ont été changés

** La force masculine permet à la Terre de nourrir tous ses habitants dans la paix. Toutes les créatures sont unies par le même sang rouge qui coule dans leurs veines. Le Ciel et la Terre, leurs parents, travaillent main dans la main pour les protéger et les nourrir. L'union du ciel et de la terre, c'est la purification et la vérité des intentions humaines, représentées par une troisème matière, les ornements en argent, la couleur blanche de la pureté de l'état humain véritable.

***Pour les Sioux Ogalala et les Lakotas, le cheval a une signification particulière en rapport avec la roue de médecine. Le cercle de médecine, ou la Roue Sacrée, c'est pour les nations amérindiennes à la fois un temple, un lieu de méditation, et une méthode de guérison. Il est composé de 12 pierres disposées en cercle. Le cercle est, comme dans les traditions européennes , le symbole de l'unité et de la liaison au sacré. Une cérémonie traditionnelle de guérison Ogalala place dans le cercle quatre chevaux dont la couleur représente les quatre directions de la roue de médecine. Les participants se placent au centre et invoquent une vision en priant. Les chevaux donnent alors aux participants des indications ou des visions sur le pouvoir de chacune des directions et des conseils sur une difficulté ou une opportunité dans leur vie.

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